Le souffle de la nuit te fait un drap, l'obscurité
se couche contre toi.
Elle touche ta cheville et ta tempe, elle t'éveille
pour que tu vives et dormes,
elle quête ta trace dans les mots, dans les
voeux, les pensées,
elle dort chez chacun d'eux, elle t'attire.
De tes cils elle retire le sel et le sert à ta table,
elle épie le sable de tes heures, elle te l'offre.
Et ombre et eau, ce qu'elle fut quand elle fut
rose,
elle t'en abreuve.
Paul Celan
Pavot et Mémoire
Christian Bourgois Editeur
|
|
|
